La mentalité de l'œil nu
Contre
les prévisions du bulletin météo
Par Mghazli Ahmed Chawki
Qu'est-ce qu'un bulletin météo ? Une information qui annonce une catastrophe et non la possibilité de l'éviter. Contrairement aux Occidentaux qui entament une journée avec une idée sur le temps qu'il va faire,, le local marocain s'intéresse moins au ciel qu'à ce qui l'attend derrière : le feu ou les femmes.
La forte pluie, on ne s'y prépare pas mais on la subit, on y survit ou on en meurt emporté par l'oued du coin que l'on croyait mort, tué par le nombre des barrages et des robinets ou l'avancée du désert. A la fin, aucun marocain ne se soucie du bulletin météo, des prévisions. Ni lui, ni son Etat qui se retrouve trempé autant que le peuple à chaque averse.
La prévision ne sert pas à choisir et porter la bonne veste, ni à construire de la meilleure façon les villes et les quartiers, ni à planifier le voyage ou des fondations. D'où vient que les marocains prennent très peu en compte les prévisions météo? De loin. De l'idée que c'est une fatalité. De la croyance que la pluie est un cadeau de Dieu et pas un dérèglement du climat. De l'habitude de vivre sous un ciel avare avec des hivers secs.
De la tradition qu'on ne peut pas lire l'avenir, même avec les instruments de la science, ni deviner la date du Ramadan autrement qu'avec l'œil nu. Autrement dit, là où on ne tire pas leçon du passé, on ne peut pas prévoir l'avenir. La «Prévision», cette machette du cerveau qui fait la différence entre l'animal qui subit et l'homme qui prévoit, nous fait défaut. Une dernière raison ? Oui : l'analphabétisme. Quand on veut lire l'avenir, on doit commencer par apprendre à lire.
Le reste s'explique : peu de civisme, aucun sens de la survie collective, pas de projets d'avenir car pas d'avenir en projet, un souci de l'histoire qui passe et pas de celle qui arrive. Peu de maîtrise, peu de technique. Pour finir, le bulletin météo, au Maroc, est diffusé à la fin du JT. L'avenir qui ne dépend ni des inaugurations, ni des souhaits mais seulement des algèbres, ne nous intéresse guère, ne nous sert à rien. Sauf à nous faire surprendre