Enquéte : Sept millions de touristes oui, mais
2007. Plus de Six millions de nuitées et deux millions de touristes venus de partout, notamment d'europe,
ont choisi Marrakech pour destination de vacances. Un chiffre record qui a poussé magasins, restaurants et secteurs de l’immobilier à offrir de nouveaux services.
Le simple citoyen, lui, se sent en reste.
Enquête : Mghazli Ahmed Chawki
« On ne voit plus de marrakchis ici. Nous sommes devenus une minorité, c’est une invasion européenne »,
plaisantent quelques clients venus faire leurs courses à la place jamaa el fanaa, situé au centre-ville. Là, on a l’impression de se trouver dans un gigantesque meeting- pot.
« « Certes pour le bien de l’humanité, il est important et souhaitable que le plus grand
nombre de personnes puisse voyager de part le monde, puisse aller à la découverte de l’autre, de tous les autres. Mais comme pour toute chose, cela demande une préparation ou à minima une
réflexion personnelle préalable. Il serait judicieux que les organismes de voyages instaurent une sorte de « débriefing » auprès de leurs clients, particulièrement ceux dont le séjour n’excède
pas une semaine. Il faut du temps pour comprendre des modes de vie différents du notre. Il faut beaucoup de temps pour comprendre toutes les nouvelles réalités qui s’offrent à nos yeux. Trop
courte pour comprendre, la semaine semble malheureusement trop bien adaptée au maintient et à l’amplification de préjugés et jugements désastreux. » » déclare simon touriste
belge.
Des touristes, se baladent devant les vitrines, avec à la main, les nombreux paquets qui ne sont autres que
les courses de la journée. Les enfants jouent au jardin du coin. Les maris attablés au rez-de-chaussée du café attendent patiemment leurs épouses,. Et du centre-ville au bureau du
courtier d’immobilier Brahim, dans le quartier dabachi, l’image ne change vraiment pas. Des dizaines d'européens fuyant leur pays y sont au rendez-vous quotidien pour réserver des appartements. «
Leur nombre a beaucoup augmenté durant cette dernière année. Ils ont de l’argent et sont prêts à payer de grandes sommes pour avoir un toit dans un Riad à Marrakech », lance Brahim tout en
ajoutant qu’ils ont joué un rôle non négligeable dans la hausse subite des prix de l’immobilier. « L’appartement, par exemple, qui coûtait — il y a quelques années — 900.000 dh. est vendu
actuellement contre 2.000.000 dh. Et le problème, c’est qu’on ne distingue pas entre Marocain et étranger, car c’est le meilleur prix qui compte », avance-t-il.
« « Dans les rues et ruelles de la médina, jour après jour, de trop nombreux touristes européens
déversent leur flot de racisme exacerbé, de mépris et d’arrogance. Jour après jour, rues et ruelles de Marrakech s’emplissent de l’ignorance et de la bêtise de ces trop nombreux touristes
irresponsables. Devons-nous entrer dans le détail et brosser un tableau précis ? Il serait tellement sordide qu’il risquerait de perdre toute crédibilité. Ces touristes ont-ils conscience que de
tels comportements inadmissibles ne peuvent que nourrir la haine et la crispation envers notre société occidentale? EtCe n’est ni un secret, ni faire injure à ce pays si on reconnait que la Maroc n’est pas un pays riche. Il possède quelques
richesses naturelles, exporte quelques produits et le tourisme constitue une source non négligeable de revenu
Nous devons te faire un aveux : jamais nous n’avons eu aussi honte d’être français (et européen) et cette
honte est … quasi quotidienne. Tu ne peux t’imaginer l’immense tord et préjudices qu’une part de ces touristes cause à notre civilisation occidentale. » » reconnait un touriste
français.
Selon mahjoub, commerçant, le look de la ville ocre, ses mœurs et sa culture ont commencé à subir de
profonds changements non seulement durant la saison de l’été, comme c’était le cas les années précédentes, mais aussi durant le reste de l’année. La récession économique, dont souffrent les
commerçants, a fait qu’ils déploient tous leurs efforts pour attirer le client europeen durant toute l’année, surtout que son pouvoir d’achat à marrakech ne cesse d’augmenter. Il suffit de jeter
un coup d’œil sur les conditions économiques au Maroc pour comprendre que l’investisseur étranger a pu pénétrer partout. Dans le domaine de la télécommunication, du tourisme, dans les grands
projets agricoles, dans les médias, l’investisseur étranger est extrêmement puissant.
Et ce, sans oublier la compétition acharnée pour l’achat de terrains. Une simple tournée dans le marché de
l'immobilier sur la banlieue, plus précisément sur la route de l'ourika, montre la présence étrangère. Là-bas, le prix des villas peut atteindre environ 5 millions de dh Pour revenir à Marrakech,
dans l’immeuble luxueux à Gueliz, le prix des appartements dépasse les 12 millions de drh. « Si l’on suppose que le Maroc compte environ un million de millionnaires, on peut facilement remarquer
que le nombre des unités exposées sur le marché dépasse ce nombre en question. Cela veut dire qu’il existe un autre client visé, à savoir le client étranger », estime un économiste qui a requis
l’anonymat.
Lachen s’indigne de cette situation. Il estime que l’Etat a vendu le pays car en pleine crise, il a recours
à n’importe quelle solution pour sortir de l’impasse. « On pourrait le comparer à l’homme pauvre qui a beaucoup d’enfants. Et qui ne tarde pas à vendre l’un d’eux pour pouvoir survivre »,
explique t-il.
Une hausse de 14 %
Et face à ce pouvoir économique, le citoyen ne peut rien faire. En été, le Maroc qui s’apprête à recevoir
les touristes venus des pays riverains, change de visage car il doit s’adapter aux besoins de ces visiteurs. Ne dit-on pas que le client est roi ? En effet, dès début juin, les rues de Marrakech
sont prises d’assaut par des milliers de visiteurs venus de partout, ajoutant plus d’animation à des artères déjà trépidantes. Selon les chiffres de l'office marocains du tourisme, il s’agit
cette année d’un chiffre record. Le taux le plus élevé enregistré sur le plan
nationalà savoir, prés de 4.4millions de touristes, ce qui représente 68 % du nombre global du
pourcentage des touristes étrangers qui se sont rendus au Maroc durant les 10 premiers mois de l’année 2007, soit 2.7 millions. Les touristes qui ont visité le Maroc durant la période janvier-octobre 2007 ont généré quelque 49,5 milliards de dirhams
Il s’agit d’une hausse de 14 % par rapport à l’an dernier.
Dans les célèbres restaurants de l'ancienne médina, une ambiance orientale règne. La musique classique
occidentale est remplacée par un oriental. Le menu est riche en mets traditionnels tels que ahouache , dakka ,al andalousssi etc. Et même dans les animations, on a ajouté des passages
conçus spécialement pour plaire aux clients venus d'Europe.
C'est sûr qu'il faut respecter les gens et les coutumes.Pour le tour de de l’anciénne médina,on assiste à toutes les grimaces possibles et inimaginables, à tous les gestes de dégoût, aux airs pincés les plus
incroyables.de la part des touristes Au bout de bras tendus, des doigts accusateurs et triomphaux pointent les mouches, quand d’autres, munis d’appareils numériques, prennent un nombre
impressionnant de photos. Mais il est certain que parfois les choses nous échappent. Il faut vivre carrément sur place pour vraiment comprendre. Maintenant, on n'est pas obligé de tout faire à
fond. Rester humble.
Ce pouvoir économique donne aujourd’hui une certaine immunité à ces touristes. C’est le pauvre citoyen
marocain qui parfois en paye le prix. Les autoroutes se transforment en un défilé de marques de voitures, les unes plus sophistiquées que les autres. Certains d’entre ces touristes veulent
montrer la puissance de leurs joujoux dernier cri et s’engagent dans des courses en plein centre ville.
Et dans ce chaos le marrakchi commence à se sentir étranger dans son pays. « Lorsque je fais le tour du
centre ville, je me sens impuissant, désespéré de ne pas pouvoir acheter des articles luxueux. Ce sont les touristes étrangers qui jouissent de la beauté du pays ainsi que de ses biens. C’est
pour eux que le bus** Marrakech tour monumental et romantique** de la capitale du sud fonctionne alors que nous sommes obligés de nous entasser dans les autobus publics », s’indigne Fouad,
fonctionnaire tout en ajoutant qu’un chauffeur de taxi avait refusé il y a deux jours de le prendre lui préférant un touriste. Pour lui, ce ne sera sûrement pas une villégiature.
Une dernière chose. Le tourisme a ses côtés négatifs, comme la sur-fréquentation, et on peut
culpabiliser "d'envahir", mais il y a aussi des gens heureux de faire connaitre leur pays
Enquête : Mghazli Ahmed Chawki