, un gros cœur.
C'est ce qui compte,
Le cœur tout rose,
Comme une fraise qu'on aurait fait tremper dans un bol de lait
Hé oui, eddénia c'est comme un drap, c'est ça la vie. Elle s'entremêle de tous les fils qu'on ramasse, au fil des jours. A l'occasion d'un quelconque événement, heureux ou malheureux, on fixe le tissu qui se fabrique malgré nous, on commence à mieux voir les malformations, les gaucheries et les erreurs. Ah, loukène... et des loukène il y en a tellement... ces morceaux de l'enfance mouillés de larmes et d'insouciance, avec au beau milieu de ce fatras, un gros cœur. C'est ce qui compte, le cœur tout rose, comme une fraise qu'on aurait fait tremper dans un bol de lait.
L'adolescence, cette période khalota, où s'incrustent des chutes de goudron et des trous qui ne seront jamais rapiécés, des révoltes insensées, le refus des normes... «Vous êtes dépassés», disions-nous aux géniteurs.
El-mossiba, c'est quand vient le métrage de l'âge adulte, s'il prend un aspect plus lisse, il faut regarder entre les trames. Des accidents, des nœuds, des épissures cabossent l'étoffe. Ici, le tissage se serre, là il lâche. Il y a des feuilles d'automne qui flirtent avec la cabessa qui va bien, ou pas trop bien. Il y a le coup de foudre, le coup de fawzia et le coup de colère qui se disputent la chaîne. Khatra ghoul, khatra gnioun. Des fois le fil casse et on est astreint à refaire le morceau qui nous chiffonne. Des morceaux qui nous tracassent, ce n'est pas ce qui manque. Amala on s'attelle à la correction. Corriger ce que je suis, en contemplant ce panneau encore accroché au métier où se raconte chaque vie tapie, tapis qui seront piétinés par d'autres. Car dans chaque vie, une esthétique se dégage. Il y a des jours où je suis las. Je voudrais que le fil casse, que le tapis se termine. Mais ce ne sont que quelques minutes de désarroi. Et puis, quand se présente à vous un Ihab, nouveau-né, vous n'avez plus de choix que d'être à la hauteur.