Les petits boulots du mois sacré
Comme à l'accoutumée durant le mois de Ramadan, l'informel se taille une place de choix à côté des commerces réguliers. Cette période est propice à la floraison des petits métiers occasionnels. De nombreuses familles démunies ne parvenant pas à subvenir aux dépenses du mois sacré s'adonnent à des métiers occasionnels, les jeunes, généralement des chômeurs, ou encore les enfants profitent de l'occasion pour se faire un peu d'argent et ce, pour préserver leur dignité et leur fierté. Neuf heures du matin, fouzia, 10 ans se presse dans le dédale des ruelles du vieux quartier laksour qui est à deux pas de jamaa el fana avec son lourd ustensile sur la tête rempli de galettes de pain et à la main un petit tabouret de bois. Un dur labeur quand on ne voit pas un, mais des centaines de concurrents, filles et garçons qui font la même chose. Elle se met à l'ouvrage toute la journée durant ce Ramadan. Parfois même jusqu'à la rupture du jeûne. Elle agite ses menottes, brandit les galettes de pain et s'avance jusqu'à ce que ses petits pieds mordent l'asphalte surchauffé pour attirer le regard des passants. Chaque galette vendue est un peu d'argent à mettre dans l'escarcelle familiale. Si le principal atout dans ce métier reste la qualité, les pains doivent garder leur chaleur un maximum de temps, histoire de titiller les narines des flâneurs et de leur faire constater la fraîcheur au toucher. fouzia arrive à peine à faire quotidiennement une recette de quatre vingt dirhams, mais il y a des jours où ses ventes sont encore plus dérisoires. Elle sait flairer le client indécis, celui qui n'a pas d'idée précise sur ce qu'il veut. «Il est chaud combien vous en voulez ?» vous dira-elle. La vie austère et les conditions sociales qui se dégradent de plus en plus ont vite fait d'endurcir son âge tendre pour un passage à l'âge adulte sans escale. «Mon père est handicapé et j'ai deux petites soeurs», nous dira fouzia qui s'était mise dans la peau de l'adulte protecteur.
«Ça fait 4 ans déjà que je vends les galettes de pain au quartier laksour aujourd'hui, les clients me connaissent et n'hésitent pas à venir frapper à ma porte», souligne-t-elle.
D'autres se transforment, à l'occasion de ce mois sacré, en vendeurs de baghrirs, de crêpes, de m'semmens, de melouis et autres spécialités pour satisfaire tous les goûts. Pour mieux vendre, Hocine, 16 ans évite le créneau saturé du pain et opte pour les m'semmens que sa mère confectionne à la maison. Il a choisi un endroit stratégique pour repérer sa clientèle et proposer ses produits. «Durant ce Ramadan, la commande est supérieure», souligne-t-il, les bourses se délient et les gens dépensent selon leurs moyens. Par ailleurs, le Ramadan est aussi une occasion pour bon nombre de marrakchis, jeunes et moins jeunes, de vendre des fruits, des légumes et du poisson dans les rues et à côté des marchés. Dans certains quartiers, les trottoirs et places libres se transforment, et font ainsi plus office de foire et de repaire des marchands ambulants. Pour ce qui est des marchandises, il y a effectivement de tout: cuillères, bols et assiettes et même certains produits alimentaires notamment des dattes, des bananes, des amandes... Ramadan est ainsi l'occasion, pour une grande tranche de notre jeunesse, de gagner un peu d'argent et de fuir les affres du chômage