Un aveu
Plus que la lettre d'une lectrice qui a été adressée au journal , je ne peux écrire. Il est des moments où la douleur décrite, écrite simplement paralyse tous les jeux de style et d'écriture : je vous la livre telle que je l'ai ressentie.
« Dénoncez, puisque vous le pouvez, ce mal qui ronge et tue à petit feu nos enfants. En première page, mettez la photo en gros plan d'un enfant les yeux rougis, détruits, malheureux, et la photo d'un père lui tournant le dos car prenant la fuite. Mon enfant, mon fils, mon amour, mon bébé se drogue.
Il n'a que 18 ans. Il est déjà accro... son honorable père lui donne l'argent qu'il faut. Trop d'argent... car pour acheter sa conscience, sa tranquillité, l'illusion qu'il s'occupe de ses enfants, il payerait n'importe quoi... ne lui parlez surtout pas de problème.
Que puis-je faire, moi la maman, la femme au foyer qui n'a pas le droit à la parole, à qui on dit: «tu parles trop, ferme-la». Je fais ce que je peux: je l'ai pris dans mes bras, je lui ai parlé, lui ai proposé mon aide, lui ai demandé d'où il tenait ce mal de vivre, lui qui a tout.
Je lui ai demandé de me parler. Mes oreilles de maman peuvent tout entendre. Il ne veut entendre parler ni de médecin pour le suivre, ni de psychologue qui l'aiderait à voir clair en lui. Donc, à vous mes frères, de parler tous les jours. On s'en tape de la politique. De ces routes mille fois défoncées, mille fois réparées, dont vous parlez à longueur de colonnes ; ni de ces tiraillements entre partis restés toujours les mêmes. Messieurs les journalistes. On ne veut plus voir la gueule d'un politicien. C'est eux qui ont détruit nos enfants... et notre beau pays que tout le monde fuit. Ne leur donnez pas plus d'importance qu'ils n'ont. Vous ne faites que les flatter... et jouer leur jeu.
Je lui ai acheté des livres bien faits, tout simples, tout courts mais les jeunes n'aiment pas lire... Que faire ? Un jour qu'il réclamait de l'argent (je lui en avais donné le matin). Je suis obligée de lui donner 50 Dhs par jour, ayant conclu un marché avec lui car son père est marin et toujours absent.
J'ai tenté de refuser, il est sorti en claquant la porte. J'ai pleuré, car je souffrais pour lui.
«Mon bébé est en manque, lui si poli, si gentil, si doux est devenu un monstre». Je lui ai écrit un SMS (le seul moyen de communiquer et encore faut-il qu'il le lise), lui expliquant ma position de mère qui ne veut pas de la destruction de son enfant... qui est obligée d'être dure, pour son bien, car l'aimant trop. Je suis moi-même gravement malade. J'ai moi aussi besoin du soutien de mon mari. On les fait à deux, les enfants
Juste pour régler ce problème mais lui aussi est atteint d'une maladie: il a le démon de bacchus. Il court les bars. Il a trop d'argent... donc du succès et les démons sont si tenaces!... et si peu scrupuleux! Que faire ? »
Madame, ce que je pouvais faire, je l'ai fait.